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Brussels, BE

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Nicolas Collignon

Nicolas Collignon

Assistants numériques: manipulateurs d'opinion publique

9 min read

Traduction d'un article rédigé par Maurice E. Stucke et Ariel Ezrachi, publié sur www.wired.com le 29/11/2016. (https://www.wired.com/2016/11/subtle-ways-digital-assistant-might-manipulate/)

 
Aujourd'hui nous 'googlons' lorsque nous avons besoin d'une information. A l'avenir, cette pratique pourrait disparaître. Au lieu de nous connecter au moteur de recherche, nous nous reposons de plus en plus sur l'aide de notre majordome digital, à savoir l'assistant intelligent, activé par la voix, qui se retrouve dans nos téléphones, nos montres ainsi que dans des appareils comme l'Amazon Echo ou l'Alphabet Home (Alphabet est la maison-mère de Google).
 
... Computing Platforms: Google vs Amazon vs Apple vs Facebook
 
Au lieu de faire une recherche sur le web, nous pouvons directement demander à notre assistant numérique comment enlever une tache de notre t-shirt, par exemple. Il peut réaliser toutes sortes d'autres tâches triviales, comme ajouter des légumes à notre liste de courses de la semaine, vérifier la météo, envoyer un SMS, réserver des places de concert ou commander un Uber.
 
En plus de nous fournir de l'information à la demande, l'assistant numérique peut également anticiper et répondre à nos besoins, sur base de tout ce qu'il sait déjà sur nous. Au lieu de nous inquiéter des petits détails de la vie quotidienne, nous faisons de plus en plus confiance à notre assistant, le laissant par exemple s'occuper d'éteindre les lampes et de baisser le thermostat lorsque nous quittons le domicile. Plus il en apprend sur nos habitudes et nos préférences, plus il sera à même de nous suggérer des idées de repas ou des plans de sortie pour le weekend. Et plus il nous fournit du contenu qui nous intéresse et s’abstient de délivrer ce qui nous intéresse moins, plus nous sommes amenés à l'apprécier et lui faire confiance.
 
Et pourtant, en dépit de la belle promesse faite par les promoteurs de ces assistants numériques, ils sont vecteurs d'importantes préoccupations sociales, politiques et économiques. L'objectif de la plateforme de Google, comme l'indique The Guardian, est très clair: construire "un futur où les humains réfléchissent moins aux petits décisions qui font leur quotidien". Pour fonctionner de manière optimale, l'assistant numérique va vraisemblablement devoir opérer à partir d'une des plateformes existantes afin d'en récupérer la masse d'informations personnelles et de services que cette plateforme offre. Quatre super-plateformes dominent aujourd'hui le monde du web: Google, Apple, Facebook et Amazon (les GAFA). Rien de surprenant dans le fait que chacune d'entre elles tentent d'imposer sa solution (Apple: Siri, Amazon: Alexa & Echo, Facebook: M, Google: Assistant & Home) comme l'assistant de référence dans nos cœurs et nos foyers.
 
Pourquoi chaque plateforme bataille-t-elle dur pour être le leader sur ce marché? Plus nous comptons sur notre assistant, plus il collecte de données sur nous, plus ses algorithmes ont d'opportunités d'apprendre, et plus l'assistant sera à même de prévoir nos besoins et d'identifier les services pertinents pour nous. Plus nous utilisons l'assistant, plus nous le rendons puissant.
 
L'Amazon Echo et l'Alphabet Home coûtent chacun moins de 200€, et ce prix va vraisemblablement baisser dans le futur. Du coup, qui va payer le salaire de cet assistant (le produire et faire tourner les serveurs permettant son fonctionnement coûte très cher)? Qui va en couvrir les frais? Très probablement les annonceurs (la publicité). L'assistant pourrait recommander des produits ou des services qui profitent directement à l'intérêt financier de la super-plateforme, plutôt qu'à notre intérêt à nous. En servant son vrai maître - le GAFA - l'assistant pourrait fausser, déformer notre perception du marché, de la réalité, et nous mener vers des produits et services que son maître désire promouvoir.
 
Mais les nuisances potentielles dépassent largement le cadre des résultats de recherche biaisés ou de la publicité abusive. Le pouvoir économique (celui de vous faire consommer certains produits/services) croissant des GAFA peut rapidement se transformer en pouvoir politique (celui d’orienter vos comportements citoyens). A mesure que nous compterons de plus en plus sur un ou deux assistants digitaux, les GAFA vont en apprendre encore plus sur nos convictions politiques et auront le pouvoir d'influencer notre compréhension et notre vision du monde ainsi que le débat public.
Rag dolls and one blue Free Photo
Si vous êtes l'un des 1,8 milliard d'utilisateurs Facebook dans le monde, l'entreprise collecte des données sur ce que vous et vos amis faites, en ligne et hors ligne, sur toutes les informations que vous fournissez (et il y en a bien plus que ce que vous partagez consciemment), sur vos appareils connectés, vos habitudes de connexion, vos likes, partages, et bien plus encore. Certaines informations sont partagées avec vos amis, certaines sont partagées avec des parties tierces, et une partie de ces informations est utilisée pour en déduire vos penchants politiques sur base de votre activité.
 
En 2012, Facebook a mené une étude dans laquelle elle manipule le file d'actualité de certains utilisateurs pour examiner de quelle manière les gens transmettent les émotions positives et négatives aux autres. Lorsque Facebook a réduit subrepticement la quantité de contenu positif dans les fils d'actualités, les statuts des utilisateurs furent eux-mêmes également moins positifs; et lorsque Facebook a réduit de la même manière le contenu négatif, les utilisateurs furent moins négatifs.
 
Si Facebook a le pouvoir d'influencer l'humeur et l'engagement de ses utilisateurs simplement par la promotion de certains contenus sur leurs fils d'actualités, imaginez le pouvoir qu'ont et auront les assistants digitaux à l'avenir pour influencer nos émotions, nos sentiments et nos comportements!
 
En cajolant et en complimentant, en nous encourageant à partager avec les autres, en envoyant des notes personnalisées en notre nom, les GAFA et leurs assistants peuvent potentiellement affecter notre humeur et celle de nos amis. Mais au-delà de ça, comme il est régulièrement rapporté depuis un moment déjà, la personnalisation de notre flux d'actualité peut affecter notre vision du monde et nos opinions politiques, économiques et sociétales.
 
Alors que nous accueillons les assistants digitaux à bras ouverts dans nos vies, dans nos maisons, nous en apprécions la gratuité. Mais nous n'en connaissons pas précisément les coûts. A mesure que l'assistant digital s'impose dans notre quotidien, il modifie notre lecture et notre vision du monde. En rédigeant des posts pour nous, en suggérent des 'likes' pour des posts rédigés au nom d'autres personnes, l'assistant digital peut très efficacement nous manipuler. Le psychiatre Eva Ritvo écrit dans Psychology Today: "Avec deux milliards de 'likes' par jour et un milliard de commentaires, Facebook stimule la libération de dopamine en quantités importantes et offre en même temps une cure efficace contre la solitude et l'isolement." Imaginez la décharge de dopamine le jour où votre assistant personnel vous permettra de battre votre record de likes sur une publication politique qu'il vous aura suggérée ou aura rédigée pour vous! Vos amis ne sauront pas que c'est l'assistant qui est à l'origine de la publication, vous en retirerez tous les bénéfices immédiats en terme de popularité ou de statut d'animateur ou d'influenceur. Et personne ne saura dans quelle mesure ce discours politique influencera l'opinion publique plus large dans un sens qui bénéficie aux GAFA. On extrapole ensuite cela aux presque 2 milliards d’humains connectés au réseau social pour commencer à mesurer l’impact potentiellement désastreux de telles pratiques.
 
Les assistants digitaux ont sans aucun doute beaucoup à offrir et énormément de potentiel utile. Mais cette nouvelle grande étape technologique ne sera pas toute rose et bienveillante. Plus nos assistants digitaux contrôleront certains aspects banals de notre quotidien, plus il deviendra compliqué de les éteindre et de s'en passer. Il va être de plus en plus tentant de se reposer sur eux pour l'actualité que nous consultons, les séries que nous regardons, les choses que nous achetons, et même ce que nous disons. Nous pourrions avoir l'impression de gagner en liberté d’expression et d’action. Et pourtant, nous sommes de plus en plus sous l'influence de la main invisible numérique des GAFA, sans se rendre compte de son impact sur notre bien-être, tant au niveau personnel qu’au niveau de la société toute entière.
 

 

Nicolas Collignon

Bye bye #Facebook & #Google - Bonjour l'open source et les solutions décentralisées

7 min read

En avril 2015 j'ai supprimé mon compte Facebook. Depuis, j'ai pratiquement abandonné Google comme moteur de recherche, Google Drive, Google Calendar, GMail, l'iPhone et iOS, le Macbook et OS X, et la majorité des autres services et objets propriétaires (non-ouverts) que j'utilisais.

Aujourd'hui je défends l'IndieWeb, la neutralité du net et les solutions open source respectueuses de la vie privée des utilisateurs. Je passe pour un taré activiste geek de gauche auprès de la plupart de mes potes. Entre les deux, quelques déclics et beaucoup de recherches.

Au début, ma démarche n'avait rien de militant. Juste arrêter de perdre du temps sur Facebook, échapper au narcissisme et à l'égocentrisme que le réseau engendre chez beaucoup, et ne pas laisser un algorithme décider de quelles infos j'avais le droit de voir ou non. (Oui, Facebook filtre votre flux d'informations)

Puis, plus les gens me demandaient pourquoi, plus j'avais envie de revendiquer le geste plutôt que de hausser les épaules. Mais il fallut argumenter, savoir mettre un raisonnement et des faits derrière un acte qui relevait au départ surtout du ressenti. De lecture en podcast, j'ai alors réalisé que derrière les problèmes en surface de Facebook s'en trouvent d'autres, moins visibles, bien plus pernicieux, et qui me confortent chaque jour dans la décision que j'ai prise.

En première ligne, l'omniprésence de la publicité, raison d'être du géant. De par sa nature, elle crée un monde de gens jamais satisfaits, toujours envieux de plus, de ce qu'ils n'ont pas, de ce dont ils n'ont pas besoin, sans parler de la responsabilité des annonceurs dans le sur-endettement des ménages. Mais au-delà de ça, il y a surtout la nécessité de Facebook de traquer nos moindres faits et gestes, de comprendre qui nous sommes dans nos intimités les plus profondes, de rentrer dans nos têtes, afin de nous fournir sur un plateau la publicité la plus personnalisée possible. Un des problèmes étant que tôt ou tard, ces informations finissent par se retrouver entre d'autres mains que celles des développeurs de Facebook et des annonceurs. On ne sait pas ce qui en sera fait dans 10, 20 ou 30 ans. Ce qu'on sait, c'est que ce genre de recensement n'a pas été utilisé qu'à bon escient par le passé. Et on le sait, au moins depuis les révélations d'Edward Snowden, ces informations ne servent pas qu'à mieux nous cibler en termes de publicité. Elles sont déjà entre les mains d'Etats de plus en plus autoritaires, à la dérive extrême-droitiste clairement affichée pour beaucoup d'entre eux (oui, nous, Etats occidentaux, hypocrites défenseurs auto-proclamés de la démocratie et des droits fondamentaux dans le monde).

J'aurai l'occasion de développer ces sujets plus tard sur ce site, mais cette réalisation a été un moteur dans ma démarche. J'ai refusé de laisser une entreprise revendre mon intimité à des annonceurs, de lui donner l'occasion de jouer avec mon libre arbitre, d'influencer mes états cognitifs en me fournissant un certain type de contenu plutôt qu'un autre, afin de mieux me servir ses annonces, ou éventuellement d'influencer mon prochain vote. J'ai refusé de continuer à fournir aux états américain, britannique, français, allemand, et aux autres une quantité d'informations privées à côté de laquelle le meilleur dossier de la Stasi passerait pour un travail baclé. Ces informations ne seront pas utilisées pour nous émanciper, nous libérer, nous laisser décider du sort que nous souhaitons réserver à nos vies et à notre société. Au contraire, le risque est grand de se retrouver traqués, surveillés, influencés, puis opprimés, bridés, enfermés, baillonnés...qui sait quel régime politique sera en place dans 20 ans chez nous? L'exemple de la Turquie et de sa rapide descente vers l'autoritarisme fait froid dans le dos.

Une fois ce constat posé pour Facebook, il n'a pas fallu creuser bien loin pour réaliser que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon, mais aussi Uber et les autres) fonctionnent toutes sur le même modèle, et que cela leur donne une force de frappe et d'influence politique et sociétale qu'on n'accorderait à aucun parti politique, aucun groupement activiste. A ce sujet, je vous glisse un des articles les plus intéressants de ces dernières semaines, à propos de la place politique des GAFAs dans la société: Apple, Google, Amazon, Facebook sont-ils devenus des partis politiques ?

J'ai donc naturellement commencé à réfléchir à abandonner les services Google qui me servent pourtant tellement au quotidien, à abandonner iPhone et MacBook, pour arrêter de nourrir Apple en données que j'estime ne regarder que moi, mais aussi pour trouver un fabriquant plus respectueux des travailleurs-esclaves qui collectent les matières premières et assemblent les pièces qui constituent nos précieux téléphones (i.e. un Fairphone - pas idéal, mais pas trouvé mieux pour l'instant - pour l'ordinateur, je n'ai pas encore trouvé d'alternative). J'ai aussi commencé à lire plus attentivement ces conditions d'utilisation qu'on accepte tous sans y jeter un regard, pour savoir quels services étaient respectueux de mes données privées. J'ai donc découvert qu'Evernote, géniale application de prise de notes, possédait les droits sur tout le contenu de tout ce que j'y écrivais (oui, on pouvait s'y attendre). Il m'a donc fallu y trouver une alternative. Mon calendrier (ex Google Calendar), mes mails (ex Gmail), mes fichiers partagés (ex Dropbox), et tous ces services que nous utilisons au quotidien auprès des GAFAs par facilité et parce que malheureusement, ils sont quand même bien foutus, j'ai tenté de les remplacer par des alternatives open-source, respectueuses de la vie privée, et si possible auto-hébergées et décentralisées.

Ce blog est le récit (décousu et amateur dans l'écriture) de cette expérimentation. Sous forme de brefs tutos et de retours d'expérience, de réflexions et d'aggrégation de liens intéressants, de traductions de contenu également, j'espère partager mon parcours dans l'IndieWeb, ce mouvement qui promeut un Internet neutre, libre et décentralisé.

A bientôt,

NC